DU TISSAGE DES FORMES

AUX ENTRELACS DE LA VIE


 
 

Chapitre VI

LE DÉNOUEMENT DES LIENS




Dans l'entrelacs, le fil se replie sur lui-même sous l'effet des forces de condensation, de cristallisation, d'agglomération. Il se produit alors un nœud qui va en quelque sorte bloquer l'énergie qui circulait dans le fil.
Sans ce processus, y aurait-il d'ailleurs manifestation ? Elle est la conséquence du premier désir, celui de se manifester, et tous les autres désirs en découlent. « Sur tes désirs-à-toi, les Dieux font des Nœuds et ce que tu croyais obtenir est “pas cela” ou “pas tout à fait ainsi”.(1) » Il y a toujours un décalage entre le désir et sa réalisation tant que toute chose n'est pas faite « pour le plaisir des Dieux.(1) »
A l'origine de notre manifestation, le désir premier est donc tout d'abord celui de naître. Nous avons vu, dans la première partie de ce livre, que l'âme était alors tissée dans le corps. Selon les légendes et les traditions de l'Ile de Pâques, on coupait le cordon ombilical du nouveau-né en suivant un rite précis, en récitant les chants sacrés, puis on le nouait « pour permettre à la force vitale, le Mana, de résider en son corps.(2) » « Le cordon ombilical incarne le lien par lequel la force de la création va emplir un être. Il est coupé d'une manière traditionnelle, propre à chaque famille. Un nom évoquant un principe est attaché à l'enfant, alors que le placenta nourricier est remis dans le Grand Océan primordial.(3) ». Et l'Ile de Pâques est elle-même le Nombril du Monde !

Mais le lien qu'est le nœud enchaîne ou unit selon le point de vue qu’on adopte.
Le Fidèle d’Amour laisse là toute raison pour suivre son Bien-Aimé qui l’unit à Lui :
« Quand il pille la caravane de la raison,
De Ses propres mains, il l’attache avec des nœuds.(4) »
L'extension indéfinie du Lien universel fait « Un le Tout (5) ». C'est pourquoi le Prophète ordonne :
« Ne rompez pas vos liens, ne vous détournez pas les uns des autres.
Soyez, ô serviteurs de Dieu, frères comme Dieu vous a ordonné de l'être ! (6) »
En revanche, le dénouement du lien qui enchaîne est une nécessité vitale, même si l'être dans son attachement à ce qui l'attache peut considérer cela comme un mal apparent. Dans le second, le Lien avec la Source ne peut être totalement rompu ; toute tentative en ce sens est vaine et souffrance inutile...
Le nœud du désir est une limitation. « Le mot chinois pour exprimer la limitation désigne proprement les nœuds qui partagent une tige de bambou (7) » et ces nœuds évoquent en Chine les états multiples de l'être. Ils sont aussi, sur la tige de bambou à neuf nœuds, les neuf chakras (8) à dénouer, à percer, à revivifier (9). Au bambou noueux s'oppose d'ailleurs le palmier idéalement sans courbure et sans nœud, dont le cœur est dirigé vers le haut. C'est l'arbre au pied duquel accouche l'être Vierge, sans notion ni désir, et au sommet de cet arbre le Phénix, sans cesse renaissant de ses cendres, fait son nid.
L'un des désirs naturels est celui du mariage en vue de la naissance des enfants. L'union de l'homme et de la femme est souvent comprise comme un lien devant, en principe, dans beaucoup de coutumes religieuses, rester indissoluble. Le nœud sacré du mariage est une expression qui a longtemps imagé cette croyance. L'homme et la femme qui s'épousent sont ainsi liés et leurs destins sont associés pour la vie entière. En Orient, on noue aux poignets des mariés un fil de coton blanc. En Extrême Orient les fils des destinées des deux époux deviennent un seul fil. Dans le Moyen Atlas marocain, on peut voir encore de nos jours des nœuds de branchage dans les arbustes ; ils correspondent à des promesses de mariage. Mais très souvent le mariage ne peut durer toute l'existence ; il faudrait pour cela que l'homme et la femme ne soient pas liés par des désirs compensatoires mais forment véritablement un couple qui réalise la totalité de l'amour (10).
Dans certaines civilisations, le vêtement même n'échappe pas à la symbolique. Chez les Dogons du Mali : « Le pantalon est fermé à l'aide d'une cordelette, car le sexe de l'homme est clos. Le nœud de fermeture est un symbole de l'amour, le bout droit de la corde étant l'homme, le gauche la femme.(11) »

Plus profondément, « de la tête au pied nous sommes nœud sur nœud (12) » ; ces nœuds maintiennent les liens. « Et doubles sont les manifestations de ces liens : liens de connivence et liens d’opposition. Peu importe l’un ou l’autre, chaque lien capte l’Energie pour des fins personnelles qui te dévient de la conscience du Flux. (13) » Les nœuds sont des imbroglios. « Conçois les imbroglios comme des déperditions d'Energie dont l'origine est justement le souhait de déperdition d'Energie car la Force de l'Energie peut effrayer par ses conséquences celui qui n'est pas prêt à l'admettre, à la respecter, à l'authentifier avec sa personne.(14) » Nous nous privons nous-mêmes de la Force de la Vie !
Comment revenir à l'état initial ? Qui a su nouer doit savoir dénouer.
La liberté, dans le concept védique, naît du relâchement des liens, des nœuds, des lacets... Il s'agit d'être son propre fil : « si nous “connaissons notre soi” nous ne sommes pas, alors, le nœud, mais le fil sur lequel est fait un nœud ou sur lequel les perles sont enfilées (...) L'esprit est entravé seulement là et quand les nœuds de l'individualité sont noués ; celui-ci, comme notre vrai Soi, est la continuité du fil sur lequel les entités individuelles sont enfilées.(14) »
Le Bouddha, raconte-t-on, lorsqu'on lui demanda comment atteindre l'état qui était le sien, prit une ficelle, y fit quelques nœuds et la tendit à son interlocuteur. Que faut-il faire ? Dénouer ce qui est noué. C'est le dénouement des liens, mais les nœuds doivent être défaits dans l'ordre inverse qui les a produit(15), « ainsi nœud après nœud tu t'échappes du filet (16) ».
Le maître soufi Rumî enseigne que le joueur de naï taillant un roseau pour fabriquer son instrument doit creuser l'intérieur de la tige, qui est bouchée au niveau des nœuds, pour que le souffle puisse passer. Il en est ainsi des voiles de l'ego à enlever, les nafs.

Nous avons vu précédemment l'extrême beauté des entrelacs imaginés par les artistes de la Renaissance, entrelacs que l'on appelait nœuds. Au vrai, il n'y a point de « noeud » dans les tracés des entrelacs de Dürer (Knoten) et de Léonard de Vinci ou il y en a un seul ! Il y a un fil unique sur lequel il ne faut surtout pas tirer sous peine de transformer tout ce tracé en un nœud gordien incompréhensible et indémaillable que seule l'épée d'Alexandre le Grand pourrait trancher, faute de pouvoir procéder à son dénouement. Gordias, roi de Phrygie, avait attaché le timon de son char avec un nœud si compliqué que nul ne pouvait le défaire. Son fils Midas l'avait consacré dans le temple de Jupiter à Gordium et l'oracle avait prédit l'empire d'Asie à celui qui saurait le défaire ; nul n'y était parvenu. On ne pouvait en percevoir ni le début ni la fin avant qu'Alexandre ne le tranchât de son épée. Et en effet l'Empire lui revint, mais pour un temps si bref qu'il laisse à penser que sa méthode n'était pas juste !
La violence est-elle le meilleur moyen de parvenir au dénouement ? L'éclair de l'épée d'Alexandre, comme celui de son génie, avait-il pris la juste mesure de la question ? Le nœud gordien, représentant l'ensemble de la manifestation, est « sans commencement, ni fin ; c'est un nœud cosmique, de nature végétale, en relation avec un dieu céleste de la foudre, du tonnerre, de la lumière. On peut dire aussi bien que c'est un nœud de nature sociale, psychologique, culturelle (17). »
La violence coupe l'homme de l'Unité du Tout. La « Vie-haut-lance » peut-on décrypter. Ce qui donne une très grande amplitude à la vibration, mais ne retombe-t-on pas d'autant plus bas que l'on est monté plus haut ? Cela, très souvent, réveille la peur et provoque le désir du repli. Guerres et drames en naissent.
« L'homme, qui est la continuation organique du Logos, pense qu'il peut trancher cette continuité et exister séparé d'elle.(18) » C'est la racine de l'erreur, de l'ennuagement et l’origine des souffrances inutiles que l’homme s’impose à lui-même. « L’humain a une double tâche devenue maintenant, par l’oubli, celle de :
- "Re-trouver" le Lien perdu avec le Créateur dans et par son Microcosme, alors qu’il n’avait qu’à le faire fructifier selon Nature, et
- Découvrir et Créer le Lien avec le Macrocosme, car il fait partie du même Univers.(19) »
L'attitude juste ne serait-elle pas de suivre le fil d'Ariane relié à la Source et reliant toutes choses à travers le nœud cosmique, que le mental humain transforme de simple spirale ou de simple labyrinthe à voie unique en dédale inextricable.
« Le Fil ainsi justement choisi de la Trame ne génère plus de Drames, mais est le Juste Conducteur : et ce Fil, d'ailleurs, est la Ducte.(20) »
L'Alchimie ne permet-elle pas de transmuter ce qui enchaîne en ce qui unit, de réconcilier les opposés ?

« Accéder au Brahman, c'est simplement franchir le nœud de l'individualité qui fait dire “le mien, moi ...”.(21) » Et les Uppanishad enseignent que, pour atteindre l'immortalité, il faut défaire le nœud (granthi) du cœur. Dans le langage populaire, « filer son nœud » signifie partir, mourir. Le dernier nœud dénoué, la mort survient, selon Abraham Aboulafia (22), tandis que dénouer les nœuds dans l'ordre inverse de celui dans lequel ils ont été élaborés est le chemin vers la libération pour le Bouddha, le dénouement ultime de cette intrigue qu'est la Vie en l'existence. La Mort à soi-même est le terme ultime des morts et ré-incarnements successifs. « C’est dans ce sens que la Mort est l’Alliée de la Vie lorsque naturellement et inévitablement le séjour sur Terre se termine : la mort délivre l’être du corps passager, le corps biologique aux cellules programmées selon la nécessité pour l’être d’un séjour sur la Terre et personne, aucun ré-incarné, ne peut échapper à cette alternance des cycles vie-mort, même les Bouddhas n’ont sur Terre qu’un droit de passage et doivent, à la Terre, restituer la part de matière qui les a fait naître visibles, même si leur corps en Esprit demeure toujours vivant et présent.(23) »

La Vie est, selon Shakespeare, « une pièce de théâtre » qui mène au dénouement final. Comment l'imager ? Dans la Langue Diplomatique, une étroite parenté n'est-elle pas frappante entre les mots dénouement et dénuement ? De « noue » à « nue » se résorbe et disparaît la lettre O, symbole de la manifestation, semblable au zéro représentant l'absence de quantité. L’être a assumé son eau, c’est-à-dire ses émotions. Etre nu, n'est-ce pas être sans nœud, sans désir, sans ce œ qui signe la manifestation ? O et E liés imagent la manifestation cyclique se déployant depuis l'axe du I sur les trois plans de l'être humain physique, émotionnel et mental symbolisés par les traits horizontaux du E (24).
Nœud peut donc se décrypter : l'énergie (N) se manifestant (Œ) ou D, quatrième lettre de l'alphabet, lettre terrestre par excellence avec sa panse rebondit qui vient enfler l'axe du I. Le passage se fait en quelque sorte de la « nœudité » à la nudité. Et Nu, l'Energie dans la totale ouverture au Ciel. Adam et Eve, au Paradis terrestre, n'étaient-ils pas nus, dans la totale nudité, leur nu-déité, c’est-à-dire sans concept, sans notion de bien ou de mal (25) ?
Par le dépouillement de tout ce qui est autre que Lui, le Seigneur de tous les Seigneurs, par la nudité, se fait le retour au divin ! Plus de tenue, si ce n'est toi nu ! Et moins encore de re-tenu, mais la chose de toi nue. Nudité du corps en dénouant cette honte d'être animal ; nudité du cœur dénouant tout ce qui est émotivité malsaine ; nudité mentale de celui qui n'a plus de notions ! C'est là le véritable a-boutissement de l'existence, car le dénouement (d'E-nouement) montre bien que le nœud est immédiat dès que se fait la manifestation, dès que la Vie jaillit qui se mue en existence...
Encore faut-il distinguer le nœud juste qui ne lie pas du lien qui enchaîne !




Le nœud d'Isis. Egypte, Basse Epoque. British Museum de Londres.

Parmi toutes les représentations symboliques, le nœud d'Isis, dans l'ancienne Egypte, a une place particulière par sa forme et sa signification. Il a la forme de la croix ansée de l'ancienne Ta-meri, la « terre aimant », l'Egypte actuelle ; il symbolise l'immortalité. Ce nœud magique est appelé Nem Ankh, ce qui signifie “Le Vivant”. « Les trois lettres du signe ânkh, â n kh expriment la vie manifestée.(26) » Les rois et reines qui la portent ou qui la reçoivent des dieux reçoivent ainsi en présent, selon l'expression consacrée, le « renouvellement de millions d'années » de vie. Ce n'est donc pas un nœud ordinaire !
« Cette boucle symbolise l'essence infinie de l'énergie vitale, identifiée à Isis, d'où découle toute manifestation de vie.(27) » Lors de leur intronisation, de leur baptême, les Pharaons « Maîtres des deux Terres », c'est-à-dire symboliquement de la dualité, accédaient au rang d'immortels parce qu'ils suivaient le modèle cosmique ; ils recevaient alors une pluie de croix de vie que déversaient sur eux Thot (28), le dieu à tête d'Ibis (29), et Horus (30), le dieu à tête de Faucon (31).
« Le nœud d'Isis, avec cette sorte de lacet qui entoure les branches et l'anneau de la croix, comme des cheveux entrelacés ou tressés, est d'une signification plus complexe. Il ajoute au sens de signe de vie et d'immortalité le sens des liens qui rattachent à la vie mortelle et terrestre et qu'il importe de dénouer pour accéder à l'immortalité.(32) » Le nœud est la clef de la porte du tombeau et le « dénouement » est la Libération puisque l'Energie circule alors tout comme les chakras dénoués de la colonne vertébrale permettent la juste inspiration, l'illumination.
Comment faire retour à Atoum, l'Un primordial, le « jamais né » « au nom caché » dont « Râ (33) est la tête » et dont « Ptah (34) est le corps (35) » ?




La croix ansée tenant dans chacune de ses mains le ouast ou ushabti.
Détail d'un bas-relief. Temple d'Amon-Rê à Karnak.

 
Correspondance au sujet de la Croix Ansée :

“En visitant votre site, j'ai découvert un bas-relief qui m'intéresse beaucoup et je me demandais si vous ne pourriez pas me fournir un peu plus de détails concernant l'image suivante. Dans votre article, il n'y a rien concernant le symbolisme qui se rattache à cette croix ansée, présenté d’une façon tout à fait inhabituel. Alors, si vous pouviez m'éclairer davantage ou alors me fournir une référence sur l’origine de cette image, ce serais grandement apprécié.
Merci d'avance, »

J. L.


« Bonjour Madame,
 
Cette photographie a été prise il y a quelques années à Karnak lors d'un voyage en Égypte (photo Mnémosyne). Je ne suis pas "égyptologues" et ce que je peux vous dire provient d'Enseignements qui m'ont été communiqués.
Le Trou de la Croix Ansée, c'est le vide intérieur, le Rien, Source de l'Axe unitaire. La personnification de la croix par les deux bras, indique que le Connaissant, résidant dans l'Unité, dans l'Unique-sans-second, tien bien en main le binaire de la Manifestation. Le Soufi dirait que, résidant dans l'Unique, Il voyage dans l'Unicité, dans le "Multiple -Unitif".
Les deux bras semble lestés aux coudes : il peut s'agir d'une évocation de la peséé des âmes.
La grande barre horizontale forme avec l'axe vertical, le Tau. A ce sujet, voici un extrait de mon prochain livre, La Vie Re-Suscité" (à paraître) :
"Le Tau (T) sur lequel les criminels, ou ceux considérés comme tels, étaient suppliciés au temps de l’incarnation terrestre du Rabbi Iéshoua‘, est différent de la représentation conventionnelle qu’on fait de la croix. Ce n’est pas pour rien que le dernier Signe de l’alephbeith hébreu est le Tâv, dont le kabbaliste nous dit qu’elle est, cette auth, « la Résistance universelle à la vie universelle, qui s'oppose à elle-même pour se contenir, qui engendre la non-conscience, et se perçoit ainsi dans sa sublime totalité. »
Dit encore autrement dans le même esprit, « Le Taw, cette dernière lettre de l’alphabet, est une position de résistance totale, irréductible. [2] » Cette auth est à rapprocher du T dont la barre horizontale marque, dans la hiéroglyphie française, la coupure d’avec le Ciel et l’axe vertical coupé ainsi du Principe.
Avec son image inversée, il donne la croix + et, dans les graphies anciennes, le Tâv était une croix. La valeur de cette auth est 400 : Nous entrons profondément dans le mystère de la crucifixion et de la résurrection à travers ce processus cosmique décryptable par le Kabbaliste : « L’absorption du Yod [10] par l’action de la pensée est un aspect de l’inertie, et la force d’inertie est un aspect de la puissance omniprésente du 2 : c’est le 4. Le 400 est le poids et la masse en quoi l’existence transforme la vie. Car ce qui existe tend à se sentir exister davantage, et à cet effet, accumule, absorbe et transforme à sa mesure l’immesurable. C’est par l’inexorable résistance du 2 à l’échelle cosmique : le Taw, le 400, que la vie est faite de tout ce qui meurt. » Dans la hiéroglyphie, la barre de l’axe qui joint le Ciel à la Terre, le I, est isolé de la Source céleste par la barre horizontale du T. C’est sur le Tau que les gnostiques représentaient le Christ crucifié sous l’aspect du Serpent d’airain . "

Le 3 avril 2008

« Voici, vous dite : La personnification de la croix par les deux bras, indique que le Connaissant, résidant dans l'Unité, dans l'Unique-sans-second, tient bien en main le binaire de la Manifestation. Je comprends l'idée du binaire toutefois, le fait qu'il y ait deux sceptres ouas et que le symbolisme de ce dernier est justement le passage de l'unique au binaire, serait-il possible que le fait d’avoir deux sceptres puisse évoquer le nombre 4. On aurait donc le cercle zéro évoquant le vide infini, tenant en main le carrée 4 évoquant le fini. Ainsi on pourrait parler d'une image de fusion entre l'esprit et le corps. Si on ajoute l’idée de la justice, avec l’image de la pesée, alors on aurait quelque chose comme : seule la justice peut réunir les opposés. » J. L.

réponse le 4 avril 2008 :
« Oui, effectivement, "Tout est nombre" et votre interprétation est tout à fait juste à mon point de vue. Le 4, le quadrangle, le carré symbolise traditionnellement la Terre. C'est ainsi l'image de l'Unité-Duelle du Fini et de l'Infini qui est donné. La conclusion est correcte et je la partage en soulignant que les opposés sont en réalité complémentaires, le créateur n'ayant d'existence que par la créature, le Un par le Tout et le Vide par la Plénitude.
Il serait intéressant de connaître la traduction des deux inscriptions hiéroglyphiques qui accompagnent cette représentation. L'une est coupée, mais sans doute cette image a-t-elle été répertoriée par les spécialistes. La coupelle en bas semble représenter une barque voguant sur les flots. Cette croix ansée pourrait être une représentation symbolique d'Osiris... R. R. M. »

8 avril 2008

« Formidable, je crois que vous avez raison concernant le personnage d'Osiris, je ne m'étais pas arrêté à cet aspect et je suis de votre avis. Évidemment, moi aussi, j’aimerais bien connaître la signification des hiéroglyphes, et tous ce qui se trouvent aux alentours, mais ou se trouve le répertoire ?… J. L.»


« Dénoue tes liens, délie les boucles de Nephtys » dit Le Livre des Morts égyptien (36). Nephtys, l'un des quatre principes féminins de la nature, est l'épouse de Seth, le principe destructeur, séparateur. Dans une longue quête, Isis a rassemblé les morceaux du corps d'Osiris tué par Seth et dispersés sur toute l'Egypte. Elle lui a réinsufflé la vie et a conçu de lui Horus, futur vainqueur de Seth. Les rites osiriens enseignaient le moyen d'obtenir l'immortalité, mais pour que l'étincelle divine innée emprisonnée au plus profond du corps périssable transforme celui-ci en corps conscient, en « chair d'or (37) », il faut que Râ « dénoue les câbles », « dénoue les nœuds ». Râ, l'âme solaire universelle (38), doit absorber, dissoudre la partie osirienne de l'âme humaine magnétisée à la terre et cause de la dualité. Toute l'alchimie est incluse dans cet enseignement né dans le pays de la terre noire, Kemit, appelé Khimia par les Grecs, El Kymia en arabe, et nous avons là la racine même du mot alchimie.
Cette vérité s'est ensablée dans le cœur de l'homme dans le même temps où les dieux incompris se taisaient, où les temples disparaissaient sous les sables et que les hiéroglyphes devenaient muets.
La croix de vie, cette boucle liée, n'est pas rompue par la mort, « la mort ne coupe point la corde, dont le déroulement se continue dans la Douat, préparant la prochaine boucle jusqu'à la dissolution finale de la corde (39) », c'est-à-dire la volonté d'existence du moi. Ainsi cette volonté est-elle cause des successifs « ré-incarnements (40) » de l'âme jusqu'à la Libération, la dissolution finale de la corde que l'on voit si souvent représentée dans les tombeaux funéraires de la Vallée des Morts. C’est pourquoi : « il ne faut pas confondre la Mort à l’Actif de la Vie, c’est-à-dire la restitution du véhicule de chair, avec le Mal "qui fait mourir à tout de qui Est la Vie"… !
La Mort en tant que restitution du corps d’expérience, le corps de chair, ne fait pas mourir… le Mal fait mourir avant même la restitution.(41) »



Détail d'un bas-relief. Temple d'Amon-Rê à Karnak.

Sma, représente l'union du cœur et du poumon ; l'Artère représente sans doute le Nil au bout duquel se trouve, comme un delta, le cœur. L'ensemble forme l'axe unitaire de la manifestation et l'unité de l'Egypte. Le lien unit le papyrus et le lotus, c'est-à-dire les Deux Terres, la Basse et la Haute Egypte, symbole du dualisme de cette manifestation. Sma taoui est l'alliance des Deux-Terres ainsi représentée. Le dieu du Nil en crue, Hapi, est androgyne, il possède un corps d'homme mais des seins de nourrice et un ventre maternel. Il est équivalent en cela à la Nature naturante. Il est représenté de chaque côté tenant d'une main le papyrus ou le lotus et serrant le lien de l'autre main.

 

Karnak, sanctuaire d'Amon.
Détail des bas-reliefs qui ornent les murs.

Thot et Orus déversent des Croix de Vie au-dessus de la reine Hatchepsout (XVIIIe dynastie)
dont le dessin a été martelé probablement par son successeur Thoutmosis III.

Additif




Marie qui défait les noeuds.

Dans le christianisme populaire, il existe une prière à "Marie qui défait les noeuds" :

"...Marie, Mère que Dieu a chargée de défaire les noeuds de la vie de tes enfants, je dépose le ruban de ma vie dans tes mains.
Personne, pas même le Malin, ne peut le soustraire à ton aide miséricordieuse.
Dans tes mains, il n'y a pas un seul noeud quine puisse être défait..."

Peut-être vaudrait-il mieux demander la force et la tenacité pour défaire soi-même les "noeuds" qui sont la conséquence d enos erreurs!
 

(1) Le Manuscrit des Paroles du Druide sans nom et sans visage - Le Point d'Eau, 1990, p. 333.
(2) LE CALVEZ François, MONCONDUIT Daniel et VAN DEN HEEDE Patrick - Ile de Pâques : à la rencontre du Mana - A. Michel, 1993, p. 25.
(3) Ibidem, p. 45.
(4) SHABESTARI, Mahmûd – La Roseraie du Mystère – Sindbad, 1991, p. 75.
(5) Apophtegme gnostique.
(6) AL SULAMI - Futuwah : traité de chevalerie soufie - A. Michel, 1989, p. 130.
(7) Yi King - 60 : Tsie / La limitation.
(8) Les 9 chakras du corps subtil (Bhâvanrâ-Upanishad).
(9) Voir GRANET, P. - La pensée chinoise.
(10) Voir MONIN, Emmanuel-Yves - La Voie du Couple - Op. cit.
(11) GRIAULE, Marcel - Dieu d'eau - Ed. Fayard, p. 88.
(12) 'ATTAR - Le Livre des Secrets - Op. cit., p. 38.
(13) MONIN, Emmanuel-Yves - Conférence inédite.
(14) COOMARASWAMY, Ananda - The Iconography of Dürer's Knot and Leonardo's Concatenation - Détroit Institute of Art.
(15) Surangama-sûtra.
(16) 'ATTAR - Le Livre des Secrets - Op. cit., p. 102.
(17) DÉONNA - Revue des études grecques - Paris, 1918, p. 55.
(18) HÉRACLITE - Fragment 2.
(19) PLATON, le Karuna – Les Chevaliers d’Aujourd’hui. Les Chevaliers de Demain – Nice : Les Editions de la Promesse, 2000, p. 54.
(20) Le Manuscrit des Paroles du Druide sans nom et sans visage - Op. cit., p. 167.
(21) BHARTRHARI - Vakya padiya bhammakanda.
(22) L'Epître des sept voies - Ed. de l'Eclat, 1985.
(23) PLATON, Karuna - Extrait du Livre Précieux de la Vie et de la Mort, p. 12. Cité dans Lettre ouverte à l’Ami sur le Chemin - Nice, Les Editions de la Promesse, 1998, p. 95.
(24) Voir Hiéroglyphes Français et Langue des Oiseaux - Op. cit. ; et Le Miroir, symbole des symboles - Op. cit.
(25) Nœud se prononce pratiquement comme la négation ne. En Anglais knot marque aussi cette négation. En Espagnol, nœud se dit nudo, et nu, desnudo, équivalent à dénouer.
(26) SCHWALLER DE LUBICZ - Her-Bak “Disciple” - Flammarion, 1956, p. 464.
(27) CHEVALIER, Jean et GHEERBRANT, Alain - Dictionnaire des Symboles - R. Laffont, 1982, p. 49.
(28) Thot enseigna aux hommes le jeu des nombres, les lois de la géométrie, de l'arpentage et de la musique. On lui doit la transcription des lois, la science des symboles et les secrets des hiéroglyphes. Intermédiaire entre le ciel et la terre, il est le « messager d'Horus », la « langue de Ptah » qui formule les paroles de la « bouche créatrice ».
(29) I-bis : le dualisme de la manifestation.
(30) Cœur et verbe immanent de Râ.
(31) Voir par exemple cette scène représentée dans le temple d'Amon-Rê à Karnak. Un détail des bas-reliefs nous montre la reine Hatchepsout (XVIIIe dynastie), dont le corps a été martelé par la suite, sur laquelle les deux dieux déversent les croix de vie. Ce rite royal a été usurpé ensuite par des personnages subalternes. On peut voir la même scène peinte sur un papyrus (Musée du Caire) avec, recevant cette pluie, la chanteuse d'Amon, Herouben (XXIe dynastie). Voir sur ce sujet DAUMAS, Françoise - La Civilisation de l'Egypte pharaonique - Arthaud, 1971.
(32) CHEVALIER, Jean et GHEERBRANT, Alain - Dictionnaire des Symboles - Op. cit., p. 49.
(33) Le Réel, c'est Râ-El, le Soleil de Dieu. La coupe du Saint Graal est celle du « SanG? Réal, du SanG? Réel » (Emmanuel-Yves Monin - Conférence inédite). Graal : Génére le Soleil de Dieu, G-Ra-Al. Al, El, Il sont des Noms de Dieu.
(34) Le créateur de la terre, le feu céleste descendu en terre originelle surgit du chaos.
(35) « Amon-Râ-Ptah, trois en un », triade imageant le Principe créateur. Voir La Métaphysique des Chiffres - Op. cit.
(36) KOLPAKTCHY, Grégoire - Livre des Morts des Anciens Egyptiens - Stock, 1996.
(37) « Les chairs des immortels sont en or ». (Inscription de Redesiyeh. Nouvel Empire).
(38) Râ-Atoum, celui « qui se crée lui-même » (Livre des Morts égyptien - Op. cit.).
(39 SCHWALLER DE LUBICZ - Her-Bak “Disciple” - Op. cit., p. 266.
(40) Expression employée par Karuna Platon- Op. cit .
(41) PLATON - L’Articulation du Monde - Nice, Les Editions de la Promesse, 1999, p. 112.




Créé avec Créer un site
Créer un site gratuitement